À l’ère de l’art, l’art de l’être: Margaux Barthélémy

Un soir de rentrée, à l’abri d’un marché nocturne, entre un tagine bio et une brioche molletonnée, Margaux Barthélémy est sortie de l’ombre, à la lumière de l’art. Et nous livre un digest sur son site Hashtag art. Interview.

C ‘est quoi hashtag art?
Margaux Barthélémy: « C’est un site-blog sur lequel je parle d’art contemporain. »

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C
omment t’es venue cette idée?
Margaux Barthélémy:
«  Un compte Instagram perso trop saturé d’images d’expos, une envie forte d’écrire, un peu marre de lire partout les mêmes copier-coller de communiqués de presse, une envie d’aller plus loin dans ma relation à l’art … »

Aujourd’hui, l’art est accessible et presque n’importe qui peut devenir artiste. Quel est ton point de vue sur cette ouverture?
Margaux Barthélémy:« L’art s’est démocratisé c’est vrai, on n’en a jamais autant parlé.
En revanche l’art a toujours été accessible à tous : les musées sont ouverts tous les jours sauf le mardi à peu près partout en France !
Il est vrai que les files d’attentes dans les musées n’ont jamais été aussi longues, on parle de plus en plus du marché de l’art dans les JT, la FIAC devient un passage obligé pour les branchés, comme les badauds …L’art est devenu hype, et tant mieux si de plus en plus de personnes profitent des bienfaits de l’art ! »

 

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Néanmoins, certaines expos sont de plus en plus courtes, car envisagées comme « consommables », les textes qui les accompagnent sont de plus en plus lissés, creux… Il ne faudrait pas qu’on se mette à confondre exposition et entertainment au nom de la démocratisation de l’art…. Attention à ne pas trop pencher vers la vulgarisation !  Pour finir, non, n’importe qui ne peut pas devenir artiste, encore heureux ! Mais il est vrai qu’artiste c’est un peu le dernier métier à la mode…  »

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Tu collabores aussi avec Early-Work –Meet Pablo before Picasso– plateforme géniale d achats en ligne d’œuvres artistiques d’étudiants en art ou de jeunes diplômés. Vous êtes les premiers arrivés sur le marché. En quoi cette idée innove le marché de l art?
Margaux Barthélémy:« Il est vrai que nous sommes les premiers à vendre en ligne des oeuvres d’étudiants en écoles d’art et de jeunes diplômés (jusqu’à 5 ans après l’année de leur diplôme). 

C’est innovant car il n’est pas nécessaire de pousser les portes des galeries du Marais ou de Saint-Germain pour observer les oeuvres que nous présentons en ligne. C’est rafraîchissant car nous proposons à tous, amateurs, collectionneurs, ou novices, la possibilité d’acquérir depuis son IPAD, des oeuvres réalisées par des artistes en devenir, à des prix encore très accessible (entre 100 et 1000 euros environ). »

 

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Est ce qu’il y a des critères tangibles pour repérer un réel artiste?
Margaux Barthélémy:« Nous avons en tous cas tenté d’en apporter certains chez Early Work. Nous limitons l’accès au site à ceux qui passent ou sont passés par une école d’art. Cela ne veut pas dire que nous nions le talent des autodidactes, mais il fallait bien définir notre zone de travail, qui se limite donc aux étudiants et aux jeunes diplômés.
Quant aux critères tangibles, nous avons tenu à en apporter pour la partie délicate du pricing des oeuvres. Comme par exemple : les dimensions, le médium, le temps de production, le coût de production, le niveau d’étude…  »

 

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C’est quoi un artiste en 2016?
Margaux Barthélémy:« Hyper dur de répondre à cette question… Mais il est vrai qu’en 2016, le rôle de l’artiste est crucial, dans la mesure où il a sur ses épaules le devoir de réussir à nous évader, le temps d’un instant, de cette société pourrie dans laquelle nous vivons. »

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Quelle est la ligne éditoriale de #art? Comment élabores-tu tes contenus?
Margaux Barthélémy : “ L’avantage quand on est sa propre patronne, c’est qu’on décide de ce dont on a envie de parler.
Ma ligne éditoriale est rythmée par mes coups de coeur, et parfois mes coups de gueules, mais aussi par mes voyages et mes rencontres (artistiques).  Je peux par exemple décider de traiter d’un sujet aussi attendu que la FIAC, sujet repris par toute la presse spécialisée , mais en l’abordant de manière complètement décalée, loin des chiffres et des records. En me focalisant sur l’envers du décor par exemple, sur les coulisses d’une foire aussi suivie et attendue.  Ça m’intéresse moins par exemple de relayer des expos blockbusters qui ont déjà été archi-traitées.  À l’inverse je peux décider de mettre en lumière le travail d’un jeune artiste que j’adore et dont on ne parle pas assez (ou pas encore) dans la presse artistique. »

Est-ce que tu pourrais me citer  5 artistes contemporains ?
Margaux Barthélémy : “ Je reviens de Londres, où j’ai adoré le travail de nombreux jeunes artistes présentés à FriezeCelia HemptonSol Calero et Christian Newby. Aussi, le travail de la jeune Mimosa Echard, représentée par la Galerie Samy Abraham, et présentée actuellement dans les anciens locaux de Weber Métaux, par Lafayette Anticipation.

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                                                                                                             Non Plalai, Mimosa Echard
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Enorme coup de coeur pour Tino Sehgal, dont j’ai eu la chance d’admirer son oeuvre à l’Opera Garnier la semaine dernière, et hier encore pour l’inauguration de sa magistrale carte blanche au Palais de Tokyo. Un artiste total ! »

5 artistes qui te bouleversent, te choquent?
Margaux Barthélémy:« Au feeling, je dirais, Francis Bacon, Jean Arp, Matisse, Cy Twombly, Wolfgang Tillmans… »

5 expos qui te bouleversent ?
Margaux Barthélémy:« Premier choc émotionnel artistique pour l’expo de Nam June Paik au Guggenheim à NY, je m’en souviens comme si c’était hier, j’avais 11 ans !  Les jardins de la Fondation Maeght me bouleversent à chaque fois que j’y passe, et ça n’a pas loupé cet été…!  J’adore en général toutes les expos de la Monnaie de Paris, et celles de la Maison Rouge. 

J’ai particulièrement aimé l’exposition intitulée « Le mur », présentée justement à la Maison Rouge en  2014.  Antoine de Galbert y présentait sa collection, plus de 1200 oeuvres accrochées sans distinction, sans hiérarchie sans cartel…  J’ai récemment adoré l’expo présentée chez Until Then à Saint-Ouen, avec Robert Barry en tête d’affiche, père fondateur de l’art conceptuel,  que j’ai eu la chance de rencontrer lors du vernissage.

c2a9-marc-domage_2                                                                                    Antoine De Galbert-Maison Rouge- 2014

Sans prétention, je ne te cache pas que l’exposition que nous (Early Work) avons organisée il y a quelques jours au musée d’Orsay, a dépassé le niveau d’émotionnel habituel ! Pour la première Early Work faisait entrer la jeune création dans une institution comme le musée d’Orsay…. On était pas peu fier… « 

De quoi es-tu pressée?
Margaux Barthélémy:« De l’heure de l’apéro, du prochain épisode de Scandal, de partir un an à NY, de gagner beaucoup d’argent pour rassembler la collection de mes rêves !  Ah oui, et plus modestement, d’avoir mon permis. «