Alexandra G : «le yoga, c’est mon anxiolytique. »

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Après avoir évolué dans divers milieux artistiques (l’écriture d’abord, puis la photographie, et enfin la musique, notamment auprès d’Arnaud Fleurent-Didier), Alexandra vient de reconvertir dans la voie du bien-être. Une voie qu’elle façonne, à son image, en proposant des cours plus intimes, dans des lieux particulièrement beaux, moderne et esthétiques. Zoom sur une reconversion zen. Photo Yona Hillat à l’hôtel du temps 


Qu’est-ce qui t’a donné envie de te reconvertir dans le yoga ?
Alexandra : « Enseigner le yoga m’est apparu comme une évidence à force de pratiquer moi-même, et par désir de partager les bienfaits de cette discipline trop méconnue (bien qu’elle le soit de moins en moins), enfermée dans de nombreux clichés à la peau dure. Je ne me suis pas dit “ l’écriture, la musique, c’est fini, maintenant, je deviens prof, et basta!”, j’ai simplement pensé que tout serait compatible, se nourrirait même, et c’est le cas — quoiqu’au final, se former, se documenter, préparer les cours, les donner ensuite, tout en continuant à assister à des classes soi-même, s’avèrent plus chronophage que je ne l’imaginais. Heureusement, c’est bien plus épanouissant que ce que j’ai pu faire avant. Il y’a pas de questions d’ego, de compromis à trouver entre mes propres envies et les projections de ceux qui tirent les ficelles, pas de luttes, pas de mauvaises surprises ni de complications…  Tous les ingrédients mêmes des projets artistiques en somme ! Sur mon tapis, face à mes élèves, je n’ai aucun rôle à jouer, rien à prétendre, pas d’attente à combler — il s’agit juste d’une heure de partage, tous ensemble mais chacun en soi, dans l’unique but d’en ressortir plus léger. Bien sûr, j’écris toujours, de temps à autre, pour moi, et lorsqu’Arnaud Fleurent-Didier me propose de l’accompagner sur scène, je suis ravie d’avoir cette chance, mais c’est compartimenté, intelligemment, et le yoga reste ma priorité puisque je m’y suis trouvée. »

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Photo Yona Hillat

Ton premier cours?
Alexandra : «Un désastre ! J’y suis allée par hasard : la salle où je m’étais inscrite pour m’essayer au pilates et à la barre au sol à l’origine, en proposait, et c’est ainsi que je me suis jetée à l’eau, un midi, fin 2011. Sur le site, il était indiqué qu’il s’agissait d’une classe niveau débutant, et pourtant, le cours n’avait rien d’accessible pour la novice que j’étais… Tous les clichés du yoga que je redoutais alors se sont enchaînés durant une heure : l’enseignante énonçait les postures en sanskrit uniquement (“et maintenant, Parivrtta Prasarita Padottanasana !”), en glissant de petits “Om” bien sonores entre chacune d’elle ou presque, tandis que ma voisine pratiquait des exercices de respiration qui, de mon point de vue de néophyte, ressemblaient davantage à une lente agonie dont il fallait la soulager au plus vite. Mais le paroxysme du cours fut atteint au moment où l’on eût droit à une démonstration mémorable, quasi surnaturelle, de la technique du brassage abdominal (“Nauli”) : la prof a remonté son t-shirt jusque sous ses seins, et dans un même geste, ses organes aussi, qu’elle parvenait à remuer de droite à gauche, puis de gauche à droite, comme une vague, ou plutôt comme un alien cherchant à s’extirper de son abdomen via une césarienne improvisée… C’était terrifiant ! Je suis sortie de là en ayant eu l’impression d’avoir été initiée à une sorte de secte plutôt que d’avoir pris soin de moi, et sans les conseils d’une amie, qui m’a poussée à retenter le coup, mais avec une autre prof, je pense que je serais restée convaincue de l’absurdité du yoga ! Comme quoi… Heureusement, dès mon second cours, auprès de la merveilleuse Alexandra Peyre, j’ai eu le déclic : c’était précisément ça, qu’il me fallait, cette réconciliation du mental et du corps, par le souffle. Alors, j’y suis retournée, plusieurs fois par semaine, puis chaque jour. C’est comme ça que tout a commencé. »

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Photo Yona Hillat

Qu’est ce que ça a révélée chez toi?
Alexandra: « J’ai senti très vite quelque chose de grisant, presque de magique, s’opérer en moi : une transformation subtile mais évidente, l’impression de parvenir enfin à respirer pleinement, et surtout, de me réapproprier mon corps, comme s’il avait appartenu à une autre personne jusque là. Dans un premier temps, on constate surtout les changements physique, la force et la souplesse que l’on gagne, l’amélioration de la posture, mais le plus gratifiant, c’est de réaliser à quel point on en sort grandi sur le plan émotionnel, le calme, la clarté qui viennent prendre place à l’intérieur, et dans leur sillage, beaucoup d’autres sentiments galvanisants, l’envie de vivre à fond, mais de façon plus juste aussi. On se découvre une boussole interne, la vie devient plus simple, le sens des priorités s’affûte. Dit comme ça, je passe un peu pour une illuminée alors que, bien sûr, le yoga ne résout pas nos problèmes dans leur entièreté, d’un jour à l’autre, mais il apporte un éclairage différent sur notre existence, un changement de perspective. Si l’on pratique régulièrement, le yoga finit par avoir une incidence dans toutes les sphères de notre vie. Quoique l’on cherche en débutant, on finit toujours par trouver bien davantage – c’est une exploration perpétuelle.»

Le yoga, discipline ancestrale venant d’Inde, contribue au traitement de l’asthme, améliore la santé cardiovasculaire et la qualité du sommeil, entre autres bienfaits. Tu conçois aussi le yoga comme un médicament?
Alexandra: « Absolument, c’est même son rôle principal à mon sens. Il existe énormément de témoignages sur les effets positifs du yoga au-delà du bien-être général procuré ou de la souplesse du corps, d’où l’existence d’ailleurs de la yogathérapie. Beaucoup de médecins l’intègrent dans les hôpitaux en complément des traitements, d’autres le proposent comme alternative aux antidépresseurs, il y a une véritable révolution qui s’opère, même si elle reste discrète. J’ai moi-même commencé le yoga en espérant améliorer l’état de ma colonne vertébrale, et au fil des années, ma scoliose a quasiment disparu (bon, ce n’est pas miraculeux non plus, j’ai encore une cyphose très prononcée). Il faut savoir faire preuve de discernement, mais, oui, le yoga peut faire office de médicament, mais comme tout médicament, il peut aussi avoir des effets secondaires : une mauvaise pratique (par désir de trop faire, de se dépasser…) génèrera des blessures (aux articulations notamment), de la frustration… Tout l’inverse de ce que l’on recherche initialement. Donc, pour rester dans la métaphore médicale, cherchez le bon dosage, et surtout, la bonne ordonnance : il existe énormément de styles de yoga, et parmi tous ces styles, diverses méthodes d’enseignement en fonction des professeurs. C’est un peu comme en amour : quand on a trouvé la bonne personne, on le sait et le sent !»

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Photo Yona Hillat

 Il existe plus de 1000 postures. Quelle est celle que tu prônes et proposes le plus facilement?
Alexandra: «Savasana haha ! (Il s’agit d’une posture allongée sur le dos, les yeux fermés, immobile : une vraie sieste, quoi.) N’en choisir qu’une, c’est impossible. Mais pour commencer, l’idéal, c’est d’apprendre la salutation au soleil. Son nom légèrement ésotérique pourrait rebuter, mais il n’y a pas mieux pour se familiariser avec le yoga car il s’agit d’un enchaînement très complet de différentes postures (6 à 8 généralement, en fonction des variantes adoptées), dont le chien tête en bas ou le cobra, des asanas essentiels que l’on retrouve à chaque cours. À pratiquer chaque matin au réveil, ne serait-ce que cinq minutes, et votre vie va changer. Promis. »

Est-ce que tout le monde peut pratiquer?
Alexandra: «Bien sûr, il existe du baby yoga pour les tout petits, même du doga – pour les chiens ! – et lorsque l’on voit la forme olympique de Tao Porchon-Lynch, la professeur de yoga la plus âgée qui, du haut de ses 96 ans, parvient toujours à tenir en équilibre sur les mains, on se dit qu’en effet, tout est possible ! J’entends souvent cette phrase qui me rend dingue : “ Moi, faire du yoga ? Mais je ne suis pas assez souple !” alors que c’est aussi absurde que de dire qu’on ne peut pas manger parce qu’on a trop faim ! Tout le monde peut pratiquer : j’ai des élèves de tout âge, très différents les uns des autres, chacun ayant son propre historique corporel, émotionnel, des limites à respecter, mais aussi des capacités surprenantes à embrasser. “Quand l’élève est prêt, le maître apparaît”. Ce proverbe bouddhiste résume bien la situation. Le plus dur, c’est de se lancer, et de savoir faire preuve de patience, d’humilité. Au début, on se dit qu’on n’y arrivera jamais, et très vite, on réalise qu’il ne s’agit pas d’accomplir quoi que ce soit au final, car le yoga ce n’est pas “faire”, mais “être”. Oui, c’est cliché, mais c’est vrai !»

Est-ce que tu conseilles un suivi alimentaire particulier pour les yogis en herbe?
Alexandra: « La plupart des pratiquants sont végétariens, voire vegan, puisque l’un des principes phares du yoga selon Patanjali, “Ahimsa”, se résume par “la non-violence” ou “ne pas nuire”. Pour ma part, je n’en suis pas là, et j’ignore si cela changera par la suite, mais je déplore souvent la virulence du jugement porté par certains yogis envers ceux qui continuent à manger de la viande. À mon sens, la non-violence et le fait de ne pas nuire, commencent par la tolérance, mais ce n’est pas à la portée de tous malheureusement… Alors, pas de régime particulier à conseiller, si ce n’est de savoir concilier ses envies et le bon sens. Comme dit l’adage, “on creuse sa tombe avec sa fourchette”, oui, mais rien ne vaudra le souvenir d’un bon pain au chocolat encore tiède sur notre lit de mort ! Mangez donc beaucoup de légumes (car, qu’on se le dise, bien préparés, c’est presque aussi délicieux que des gâteaux – si si !), limitez les produits dits “raffinés”, ayant été transformés, en particulier le sucre blanc (sauf quand, certains matins, l’odeur de la boulangerie fait du pied à votre estomac), et n’oubliez pas les céréales (complètes) ainsi que les protéines (animales ou non, il y a beaucoup d’autres options ; parole d’une non-végétarienne certes, mais qui ne mange de la viande qu’une à deux fois par semaine). Et si vous êtes du genre discipliné, la meilleure astuce pour se maintenir en bonne santé, consiste simplement à boire le jus d’un demi-citron dilué dans de l’eau tiède, chaque matin, à jeun. Alternative flemme (mais ruineuse) : une petite cuillère de gelée royale. Avec ça, en plus de vos cinq minutes de salutation au soleil quotidienne, vous allez faire un remake de Benjamin Button ! »

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Photo Yona Hillat

Au cours du XXe siècle, de  formes de yoga ont vu le jour en Occident comme l’Anusara, Strala, Jivamukti, Bikram…) Est-ce que tu adaptes tes cours aux nouvelles pratiques?
Alexandra : «Dans un morceau de musique, il y a toujours beaucoup d’influences, qu’elles soient évidentes ou indirectes, assumées ou non – en yoga, c’est à peu près la même chose. Mes classes sont toujours teintées de ce que je pratique moi-même (or, je m’essaie à différents styles), et comme il y a de bonnes idées dans le Jivamukti (l’application d’huiles essentielles au début et à la fin du cours par exemple) ou dans l’Anusara, que j’aime beaucoup par ailleurs (l’accent porté sur les postures d’ouverture du coeur notamment), je m’inspire évidemment de tout cela – consciemment ou pas, ça transparaît forcément – même si ma ligne directrice, si l’on peut dire, reste le Hatha indéniablement, à savoir le yoga traditionnel dont découlent toutes ces autres formes.»

Justement, on trouve beaucoup de formes de yoga. Quelles sont celles que tu recommandes?
Alexandra: «Elles se valent toutes : nous sommes très différents, nous n’avons donc pas forcément les mêmes envies, les mêmes besoins… Par exemple, l’Ashtanga sera parfait pour celui qui recherchera une pratique intense physiquement, une routine bien instaurée, tandis que le Yin conviendra davantage à quelqu’un ayant besoin de ralentir, de se poser. Une seule chose est sûre : il ne faut pas être dégoûté du yoga dans l’absolu après avoir testé un seul cours – je parle en connaissance de cause ! Une session de Kundalini n’aura rien à voir avec du Vinyasa. Et même pire : deux cours de Vinyasa pourront être incroyablement différents en fonction du professeur sur lequel on tombera ! Commencez par un cours débutant, peut-être par du Hatha (Hatha Flow si vous craignez de vous ennuyer), et soyez curieux en essayant plusieurs.»

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Aujourd’hui, il y a 2 millions de personnes qui pratiquent le yoga en France en 2016. Comment tu expliques cette forte progression?
Alexandra: «Parce que l’engouement en Occident a commencé aux États-Unis et que nous sommes fortiches quand il s’agit de copier sur les Américains ? Blague à part, il y a beaucoup de facteurs envisageables… En premier lieu, l’omniprésence du stress, plus évidente ces dernières décennies de par l’émergence des nouvelles technologies qui nous sur-sollicitent, la rapidité avec laquelle les choses doivent se faire, la crise du travail bien sûr… Je pense que cette anxiété latente, ressentie dans toutes les sphères de notre quotidien – professionnelle, sentimentale, familiale… – reste la principale source de motivation chez les élèves, car le yoga a la réputation (à juste titre) d’agir comme un anxiolytique, et surtout, puisque l’on passe par le corps pour apaiser le mental, il est l’outil idéal contre les maux physiques résultant du stress. D’autre part, il y a aussi une réelle prise de conscience générale, une sorte d’éveil nouveau qui nous pousse à prendre enfin soin de soi, à nous accorder du temps, tout en nous réconciliant avec l’idée ou l’image que nous avons de nous-mêmes, et en oubliant le clivage corps/esprit… Peut-être est-ce dû à un effet de mode – les magazines se parent de titres pro-“healthy”, le yoga devient “glamour”, “fashion” (et pourquoi pas d’ailleurs !) – ou bien à quelque chose de plus profond, l’envie de vivre mieux, en meilleure santé, certes, mais surtout plus heureux, car en paix avec soi-même, sur tous les plans. Peu importe la motivation, superficielle ou non, l’essentiel étant de se lancer !»

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Tu révolutionnes un peu les cours de yoga en proposant des cours dans des lieux chaleureux, branchés (l’hôtel du temps, l’hôtel particulier Montmartre) , tu penses récupérer un autre public ?
Alexandra: «Le yoga peut avoir quelque chose d’intimidant – chaque nouvelle discipline l’est d’ailleurs – et ce premier pas n’a rien d’évident avec l’offre pléthorique des studios à Paris : entre ceux dont la lignée très traditionnelle pourrait rebuter en éveillant la crainte des clichés (l’aspect secte ou simplement l’idée d’une pratique trop statique, réservée aux “vieux”), et ceux qui, au contraire, se rapprochent davantage du fitness qu’autre chose, il est facile de se sentir perdu, dépassé, et du coup, de baisser les bras. Or, j’ai remarqué que la plupart de mes élèves se sentent rassurés par le cocon qu’offre le salon d’un hôtel, ou par la familiarité d’un lieu qu’ils fréquentent en d’autres occasions, comme un bar par exemple, à condition que celui-ci sache aussi se prêter à la pratique bien entendu. J’ai la chance de donner des cours dans endroits vraiment uniques, non seulement de par leur cadre, de par leur prestige même, parfois, mais surtout adaptés au yoga, car il ne s’agit pas seulement d’avoir un espace où poser nos tapis, il faut aussi s’y sentir parfaitement à l’aise, pour pouvoir s’y abandonner et ainsi, se retrouver.»

Alexandra enseigne chaque lundi soir (19h30-20h45) à l’Hôtel Particulier Montmartre (23 avenue Junot, Paris 18ème), chaque mardi midi (12h30-13h45) au Perchoir (14 rue Crespin du Gast, Paris 11ème), tous les mercredis soirs (19h30-20h45) à lHôtel du Temps (11 rue de Montholon, Paris 9ème), certains jeudis soirs (19h30-20h30) à La Mano – consulter les dates sur son site – (10 rue Papillon, Paris 9ème), un samedi sur deux (17h30-18h30) au Centre Tout Naturellement (83 bis rue Lafayette, Paris 9ème), un dimanche sur deux (17h-18h, puis 18h-19h) chez Omm Studio (12-14 rue Saint-Gilles, Paris 3ème). Infos & réservation via son site, Namasté Alive : www.yogalexandra.fr
instagram : https://www.instagram.com/alexandra_g_yoga/

1 pensée sur “Alexandra G : «le yoga, c’est mon anxiolytique. »”

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    I do believe that you need to write more
    about this subject matter, it may not be a taboo matter but generally people do not speak
    about such issues. To the next! Best wishes!!

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