Laure Crubilé pête tes câbles

L’ironie de l’ordi la branche avec la vie. Elle dessine pour oublier et porte un nouveau projet de conférence-spectacle  le 8 Juin prochain au 6B. Drôle et informatif, une vrai petite futurologue en scène. Inratable.

Ton parcours?
Laure Crubilé
:« Après des études de philo, un passage par les écoles d’Arts Appliqués Duperré et Olivier de Serres, je suis rentrée dans le monde du travail comme on met le pied dans la merde.
Diplômée « concepteur-créateur environnement », j’ai préféré mettre à la corbeille les logiciels de 3D & Autocad.
Et je suis partie dans mon sous-marin perso pour y explorer mon Imaginarium : dessin, photos, vidéos etc…
Puis, j’ai travaillé pour tous les délires participatifs en filmant l’arrivée des Fablab. On est ensemble et l’action de « faire » est concrète, j’aimais bien ça. Puis, collaborations avec des architectes pour du dessin. Je renouais avec mon côté Art Appliqué.
Puis je suis arrivée au lieu de résidence du 6B à Saint-Denis, tout en vivant à côté de la Cité des Tours Nuages à la Défense. Le Gotham city français…»

Aujourd’hui, je développe donc davantage une vision d’auteur, aussi bien à travers ma bd «Les mésaventures de Lorette ou la lutte contre le cybermonde », qu’une conférence, que des installations comme au Machines Urbaines en Mars 2017 ou à travers cette transhumance urbaine. »

Et comme un pavé dans la mare au pousse-à la conso-virtuel, toi tu ramènes des chèvres et des cochons à la défense?
Laure Crubilé:« Cette balade, cette  » transhumance urbaine  » avec Roger des Prés, s’est faite pour le Printemps des Poètes, le 21 Mars. Nous avons envoyé une proposition du projet à l’Epadesa qui est resté sans réponse pour amener les moutons sur l’esplanade. La prochaine, il faudra s’attaquer un peu plus aux colosses administratifs…

Peu importe, nous avons commencé sous l’Arche, à déclamer face aux super tours d’Areva, Total, Desmone & Srot, CB21. Roger explique le prolongement du grand axe Paris- Nanterre ; je déclame un texte de E.M Forster « La Machine s’arrête » devant quelques acolytes à têtes animales, un taureau qui salut les Quatre Temps, un léopard, une vache et une cigogne… Accompagnés par Mims à la flûte traversière, nous quittons la City tel les rats du flûtiste d’Hamelin , bienheureux rats sommes-nous, pour rejoindre les Tours Nuages d’Aillault. »

Le pelage ondulé, doux et moutonnées de nos quadripèdes s’offrent en écho aux architectures de nuages en béton… Après une autre lecture, la transhumance se poursuit jusque dans le parc de Nanterre, en passant par le foyer Ravel des Musiciens, casba futuristes abritant des musiciens hors pair…Lectures, moutons, crotins, têtes animales grotesques, berger, sourires des bambins, des vieux, des familles, des erratiques, des écolos lève tôt ( 10h un dimanche quand même ! ) et toujours la petite flûte traversière entremêlée de cliquetis des cloches…Nous arrivons au marché, devant le pôle administratif de nanterre, le tribunal. On est détendu, on marche, on regarde aux alentours et vraiment on se demande comment on fait pour vivre bien dans ces superpositions de béton…On a fini la transhumance avec un petit thé vert offert par Roger, avec le rite musical de Jackson Télémaque, à souffler dans une conque avec sa guitare électrique devant les cerisiers en fleurs de la ferme du bonheur pour célébrer le printemps… »

 

Revenons à nos moutons… Quelle est ta vision sur notre monde numerico-industriel?
Laure Crubilé: «Au départ, ma vision du monde est, comme beaucoup de gens, plutôt ambivalente : « Waou, c’est super tout ce que nous procure le numérique » et de l’autre d’une idée plutôt simple, je me suis mais « merde, je passe ma vie devant des écrans, bloquée 8h d’affilée, immobile, sans avoir besoin de geôliers ou de camisole de force pour me surveiller…c’est normal ? » De là, j’ai commencé à lire beaucoup d’ouvrages, de spécialistes, de journalistes d’investigation, mais aussi l’histoire et les fondements de la cybernétique. Pour n’en citer que quelques uns, L’homme nu ou la dictature invisible du numérique, les utopies post-humaines de Rémi Sussan, La Machine s’arrête ou roman d’anticipation de 1909 de Forster sur les mouvements « back to the land » après les méfaits de la révolution industrielle anglaise…

Au fur et à mesure, j’ai visualité le monde numérico-industriel comme le nouveau veau d’Or moderne. Et j’ai compris que  le numérique apporte de fantastiques outils pour notre société, il est important de travailler sur les usages du numérique et imposer notre éthique, pour ne pas laisser les lobby décider à notre place de notre économie, de nos quotidiens…En tous cas, au moins informer les autres qu’insidieusement beaucoup le marketing numerico-industriel impose une vision du monde et qu’ il faut encore se laisser le choix de fonctionner autrement, pour garder sa liberté de penser et de créer dans un monde soi-disant ouvert.»

Tu es aussi sur le point d’éditer une première version d’une conférence – spectacle autour du transhumanisme appellé  « Happiness is the key ou comment le réseau vous branche à vous-mêmes« ? Peut- tu nous expliquer comment tu comptes la mener et quel en sera le propos?
Laure Crubilé: «C’est une première pour moi, d’être sur scène !! J’avais eu une expérience de spectacle vivant seulement en tant que metteur en scène avec « Machine et Machine » & la Cie Malomains où déjà je travaillais sur ces thèmes..Là, j’écris, nous mettons en scène à deux et je joue une alcoolique anonyme du numérique qui rencontre le G-doc 307. Le 8 juin, c’est une première bouture. Après deux mois de résidence d’écriture & de rencontres, à travers deux personnages, nous allons vous livrer une pensée sur l’ambivalence des conséquences du numérique dans nos vies.

Nous parlerons aussi bien de l’histoire de la Silicon Valley, que des usages de la RFID, du Google X Lab, du projet RAM de la Darpa, des Seastanding, des origines de la cybernétique avec Bateson et Wiener en passant par une inscription sur Wyylde sans oublier des extraits de JT montrant l’évolution de l’implant des puces sous-cutanés… »

 

Happiness is the key où comment le réseau vous branche à vous même 
Conférence spectacle 8 Juin à 19 H 30 au 6B